Des cacahuètes, des singes et des gardiens de zoo

Traduction libre de l’excellentisme article d’Avishay Beidani, Raanana vu sur http://www.translationdirectory.com/articles/article1722.php

Ils prétendent qu’il s’agit de libre concurrence !
Ils prétendent que si nous ne prenons pas le projet, un(e) autre le prendra !
Ils prétendent qu’il y a plein de traducteurs / traductrices dehors, prêt(e)s à saisir le travail !
Ils prétendent que nous n’avons pas d’autres choix que d’accepter le travail à leur tarif. C’est à prendre ou à laisser !
Qui croient-ils duper ?
Malheureusement, nous ! Ils nous induisent en erreur ! Ils nous traitent comme des singes, en agitant des cacahuètes devant notre nez comme si nous étions des singes !
Ils ? Mais qui sont-« ils » ? Les gardiens de zoo !
Pour eux, nous devons être de gentil(le)s petit(e)s traducteurs / traductrices, faire notre travail, du mieux possible, et hop, nous recevrons un sac rempli de cacahuètes juste pour nous !
Nous sommes à leur merci (comme s’ils connaissaient le mot !), nous faisons consciencieusement notre travail et sans aucun doute, à la fin du mois, nous recevrons un sac sur le pas de notre porte ! C’est l’heure du repas ! Allez à table ! Soyons de bons petits singes et profitons de ce qui nous est donné !
Ils me disent qu’il y a plein de prétendus « traducteurs / traductrices » dehors, parmi nous, même ceux / celles installé(e)s parmi nous depuis quelque temps. Alors peut-être que je devrais laisser tomber, laisser les gardiens de zoo gagner, les laisser faire tout et n’importe quoi, les laisser prendre le fruit de mon travail pour des cacahuètes, pour une demi-cacahuète, pour l’odeur d’une cacahuète, pour la simple promesse d’une cacahuète !
Et je le dis, qui a besoin d’eux ? Si mes frères et sœurs d’arme n’ont même pas le respect de leur propre profession, en quel honneur devraient-ils faire partie de notre club ? De quel droit pourraient-ils nous rejoindre ? Si nous voulons nous traiter avec un minimum de respect, nous devons fermer les rangs et refuser l’entrée à ceux qui ne nous respectent pas, qui ne se respectent pas et qui ne respectent pas la profession en tant que telle !
Si nous essayons de négocier avec les gardiens de zoo tout en conservant un minimum de bonne réputation, avec l’option de rejet des prix abusifs, de refus de négliger des travaux ou de les effectuer sans réflexion aucune, nous pourrons commencer à considérer à qui nous nous attaquons ! Il est de notre DEVOIR de décupler nos efforts pour protéger la profession de ceux qui manquent de talent, de connaissances, de matériel pour faire le travail dans les règles de l’art, c’est à dire du travail bien fait.
Gérer une entreprise coûte cher de nos jours. Et que dire des prix des logiciels, de tous ces outils simples qui valent des centaines d’euros, et des outils plus complexes, dont les prix atteignent les milliers d’euros ? Pourquoi laisser ces individus, individus n’étant personne par ailleurs, rivaliser avec nous ? Pourquoi les tarifs devraient-ils commencer à 1, 2 ou 3 centimes le mot ?!
Bien sûr, il y en a parmi nous qui débutent leurs activités, leur travail nécessite plus de relecture que les traducteurs chevronnés. Mais en quoi ces mesures devraient-elles toucher toute la profession, dans son ensemble ? Même les traducteurs avec plusieurs années ou décennies d’expérience.
Il n’y a aucun traducteur qui puisse garantir une qualité à 100 %, en béton armé. Pas moi, pas des dizaines voire des centaines de traducteurs hautement qualifiés. Mais cela doit-il avoir une incidence néfaste sur nos tarifs ? Un médecin peut-il garantir un succès à 100 % ? Un avocat, un banquier, un fabricant de bougeoir ? Non, aucun ! Personne ne le peut ! Alors pourquoi est-ce ce que l’on attend, pour ne pas dire exige, de nous ? Dans la mesure où nous ne pouvons attester une telle garantie, voici une cacahuète, déclarent les gardiens de zoo ! Mangeons là et soyons reconnaissant(e)s !
Le ton d’amertume est peu être un peu plus prononcé que je ne l’aurais souhaité, mais les faits sont là. Après presque une dizaine d’années dans ce milieu, je commence à désespérer et à décourager que quelque chose tirera les traducteurs / traductrices de leur sommeil, de leur réticence à agir, à s’unir et à exiger le respect qui leur est dû.
Réveillez-vous, camarades ! C’est de votre vie dont il est question, vous n’êtes pas destiné(e) à travailler uniquement pour votre plaisir et votre satisfaction (ce que l’on nomme « bénévolat » ou « esclavage » au pire). Vous êtes sensé(e) travailler pour VIVRE, vous avez donc le droit au REPOS, de prendre des vacances de temps en temps, de croquer la vie à pleines dents sans que les gardiens de zoo et leurs satanés cacahuètes ne vous disent quoi faire !
A bas les cacahuètes ! A bas les singes ! A bas les gardiens de zoo !
Avi Beidani, Raanana, 2006

Que faire face à un impayé ?

L’an passé, j’ai été confrontée deux fois à cette très désagréable surprise.

La première agence, en liquidation judiciaire, n’est pas solvable… j’ai donc fait parvenir une lettre recommandée au mandataire judiciaire chargé de l’affaire en précisant le montant dû. Mais je ne me fais pas d’illusions…

La deuxième, en Irlande, n’a jamais donné suite à mes nombreux mails, ni à ma lettre recommandée. Et le montant étant inférieur à 500 euros, je me voyais mal engager des frais de dossier qui me reviendraient plus chers au final.

Pour parer à ce genre de situation, voici quelques astuces :

Tout d’abord, bien établir (et conserver) vos devis et vos factures. Elles constituent vos preuves qu’une commande a été conclue.

Renseignez-vous sur la santé financière de votre client et évitez les agences ou les clients mal noté(e)s dans ProZ (http://www.proz.com/blueboard).

Tenez également vos comptes à jour, et relancez vos clients le plus tôt possible en cas de retard de paiement.

La législation française impose un paiement à 45 jours fin de mois. Sachez que même à 45 jours fin de mois, votre client doit vous payer AVANT 60 jours nets date d’émission de la facture.

Le client n’a pas payé… voici les solutions qui s’offrent à vous :

1 – LE RECOUVREMENT AMIABLE

1.1 – La relance

Relancez votre client en premier lieu par téléphone. Essayez de connaître la raison du retard de paiement et expliquez-lui les mesures qui seront prises s’il ne s’exécute pas (pénalités de retard…)

Vous pouvez également relancer par courrier, ce qui constitue une preuve supplémentaire. Veillez à la rédiger de façon à ne pas mettre en péril la relation d’affaire. En pratique, le premier envoi s’effectue après un retard de paiement de 8 jours.

Une deuxième lettre mentionnant la première sera envoyée. Prenez soin de bien conserver tous les courriers que vous envoyez pour preuve.

Si rien n’y fait, intentez une

1.2 Mise en demeure

« La mise en demeure s’effectue soit par sommation, c’est à dire au moyen d’un acte délivré par huissier, soit par un autre acte équivalent, tel une lettre missive lorsqu’il ressort de ses termes une interpellation suffisante. Dans cette seconde hypothèse, la forme recommandée n’est pas exigée, mais il est préférable de l’utiliser de façon à constituer la preuve de sa réception par le débiteur. »

Donc pour dire que jusqu’ici, nous les traducteurs, sommes des gens super cools qui essayons de discuter avant d’agir. Mais si votre client fait toujours la sourde oreille, il va falloir penser au

2. RECOUVREMENT CONTENTIEUX

« On reproche souvent aux procédures judiciaires d’être longues et onéreuses. Toutefois, en matière d’impayés, il en existe trois qui échappent à ces critiques : le certificat de non-paiement, le référé provision et l’injonction de payer.

En cas d’échec, il est toujours possible de recourir à la procédure de droit commun, l’assignation au fond, pour obtenir le paiement de la créance.

2.1 – Le certificat de non-paiement en cas de chèque sans provision

Lorsqu’un chèque revient impayé pour défaut de provision, il est recommandé d’utiliser le mécanisme du certificat de non-paiement.

La délivrance du certificat de non-paiement

Si dans un délai de trente jours après sa première présentation, le chèque demeure impayé, le porteur, c’est-à-dire le bénéficiaire, peut demander au banquier de lui délivrer un certificat de non-paiement. Celui-ci lui est alors envoyé au plus tard dans les 15 jours suivant sa demande. Lorsque le porteur ne le réclame pas, il lui est délivré d’office en cas de seconde présentation infructueuse du chèque.

L’établissement du titre exécutoire

Le certificat de non-paiement peut ensuite être porté à la connaissance du débiteur par voie d’huissier. Cette signification vaut alors commandement de payer. En effet, à l’issue d’un délai de 15 jours, l’huissier établit un titre qui permet de procéder à la mise en œuvre des mesures d’exécution.

Points importants :

la rédaction du titre exécutoire se fait sans intervention du tribunal ; les frais et honoraires de l’huissier sont à la charge du débiteur.

2.2 – Le référé provision

Cette procédure permet d’obtenir du juge une ordonnance exécutoire dès son prononcé, à condition que la créance ne soit pas sérieusement contestable.

Quel tribunal saisir ?

Le tribunal territorialement compétent est celui du domicile du débiteur (siège social, principal établissement…).

La compétence matérielle, quant à elle, dépend de la qualité des parties.

Si le débiteur et le créancier sont tous deux commerçants ou artisans, le tribunal de commerce est compétent.

Si le débiteur n’est pas commerçant, la compétence est, en principe, celle des tribunaux civils :

– juridiction de proximité pour une demande dont le montant ne dépasse pas 4 000 euros et à l’exception des domaines particuliers de la compétence du tribunal d’instance

– tribunal d’instance pour les créances inférieures à 10 000 euros ;

– tribunal de grande instance pour les créances supérieures à ce montant.

Le déroulement de la procédure

Il faut, dans un premier temps, procéder à la saisine du juge par voie d’assignation et, en conséquence, déposer un projet d’assignation au greffe du tribunal compétent.  En pratique, ce dépôt doit s’effectuer au moins 48 heures avant la date de l’audience.

Le projet d’assignation doit contenir tous les éléments justifiant de la réalité de la créance : contrat, conditions générales de vente, lettres de relance et de mise en demeure, etc.

Pour obtenir des informations complémentaires sur les documents à fournir pour le projet d’assignation, il est possible de s’adresser directement au greffe du tribunal compétent. Dans un second temps, l’assignation doit être délivrée au débiteur par huissier.

Attention : La représentation par avocat n’est, en principe, pas obligatoire en matière de référé. Toutefois, lorsque la demande est portée devant le Président du tribunal de grande instance, certains juges la déclarent irrecevable en l’absence d’avocat…

L’ordonnance de référé

La procédure étant contradictoire, les deux parties vont se présenter devant le juge et débattre ensemble à l’audience. Si, au terme de ce débat et au vu de l’assignation, le juge estime que la créance n’est pas sérieusement contestable, il rend une ordonnance qui condamne le débiteur à verser une somme à titre de provision. Le terme  » provision  » est trompeur car, en fait, cette somme correspond, en pratique, au montant total de la créance.

L’ordonnance doit être signifiée au débiteur. Elle est exécutoire de plein droit, c’est-à-dire qu’elle peut être mise à exécution sans attendre l’expiration du délai pour faire appel.

Le référé provision ne débouche, en pratique, sur une ordonnance que lorsque le débiteur reconnaît la créance. à la moindre contestation, sur son bien-fondé ou sur son montant, le juge refuse de statuer en référé et incite le créancier à procéder à une assignation au fond pour obtenir le paiement. En tout état de cause, les parties conservent la possibilité de contester la décision du juge, en interjetant appel.

2.3 – L’injonction de payer

L’injonction de payer, autre mode simple et rapide de recouvrement des créances, n’a pas pour objet de contester le paiement réclamé, aussi n’est-elle pas contradictoire. Un des avantages de cette procédure réside dans le fait que les parties n’ont pas à se déplacer. Ce peut être d’autant plus déterminant que le tribunal territorialement compétent est éloigné. Elle est enfin peu coûteuse, ce qui explique son succès.

Pour toute information relative aux créances concernées, au tribunal compétent, aux modes de saisine, à l’ordonnance d’injonction de payer et à sa signification, consulter la fiche pratique consacrée à ce sujet. »

source : http://www.entreprise-et-droit.com/lng_FR_srub_12_iart_435-Que-faire-face-a-un-impaye-.html

Pour une lecture approfondie, consultez le site : http://www.oced.ccip.fr/htm/publications.htm

CFE pour les entreprises, pas de panique

« 30 novembre 2010 – BERCY PRECISE LE REGIME DE COTISATION FONCIERE DES ENTREPRISES

Christine LAGARDE, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, François BAROIN, ministre du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat – Porte-parole du Gouvernement, et Frédéric LEFEBVRE, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et moyennes entreprises, du Tourisme, des Services, des Professions libérales et de la Consommation répondent aux interrogations des auto-entrepreneurs au sujet de leurs modalités d’imposition à la cotisation foncière des entreprises (CFE).

Comme toutes les entreprises, les auto-entrepreneurs doivent en principe acquitter la CFE. Toutefois, ils ne sont pas soumis à cette imposition :

– au titre des années au cours desquelles ils ne réalisent pas de chiffre d’affaires et n’emploient pas de salariés ;

– au titre de l’année au cours de laquelle ils ont, pour la première fois, réalisé un chiffre d’affaires ou employé un salarié ;

– et, lorsqu’ils ont opté pour le prélèvement forfaitaire libératoire, au titre des deux années suivantes.

Les auto-entrepreneurs qui sont dans l’un de ces trois cas et qui auraient reçu un avis d’imposition à la CFE pour l’année 2010 peuvent se rapprocher du service de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) dont ils dépendent afin d’obtenir l’annulation de cette imposition.

Par ailleurs, le Gouvernement présentera un amendement au projet de loi de finances rectificative pour 2010, afin d’aligner le régime d’exonération des contribuables qui n’ont pas opté pour le prélèvement forfaitaire libératoire sur celui des contribuables ayant exercé l’option. Si elle est adoptée par le Parlement, cette mesure aura pour effet de porter à trois ans la durée maximale d’exonération de CFE pour l’ensemble des auto-entrepreneurs.

Passé ce délai, les auto-entrepreneurs seront soumis à la contribution économique territoriale dans les conditions de droit commun Le Gouvernement proposera que cette évolution législative prenne effet dès 2010. Le cas échéant, ceux qui auraient déjà payé pourront obtenir le remboursement des sommes versées.

S’agissant des années 2011 et suivantes, les Ministres feront des propositions afin que les commerçants et artisans qui ont de très faibles chiffres d’affaires, quel que soit leur statut, ne puissent pas se voir imposer une cotisation foncière manifestement excessive au regard de leur activité.

Contacts presse :

Cabinet de Christine LAGARDE : Jean-Marc PLANTADE – Tél : 01 53 18 41 35

Presse internationale : Bruno SILVESTRE – 01 53 18 41 35

Cabinet de François BAROIN : Pauline HELOT – Tél : 01 53 18 42 96

Cabinet de Frédéric LEFEBVRE : Sophie LE MOUEL – Tél 01 53 18 40 61

© Copyright ministère de l’Économie, de l’industrie et de l’emploi, 30/11/2010 »

SOURCE : http://www.economie.gouv.fr/discours-presse/discours-communiques_finances.php?type=communique&id=4806&rub=1

Merci Céline :)

La place de la ponctuation finale dans les guillemets

Voilà un de mes problèmes lorsque je relis ou traduis…. Où mettre ce point final ? A l’intérieur, à l’extérieur des guillemets ?

J’ai enfin, après 2 années de cauchemars et de réveils nocturnes (je n’en rajoute qu’à peine), trouvé la réponse à cette question existentielle.

Alors je vous livre la réponse, pour mes autres amis galériens du point final des citations, car je sais que je ne suis pas la seule :

« Le point final est placé à l’intérieur des guillemets lorsque la citation forme une phrase complète débutant par une majuscule et introduite par deux-points. Il est placé à l‘extérieur lorsque la citation n’est qu’un segment de phrase fondu dans le texte.

Pierre Reverdy a dit : « Créer, c’est penser plus fortement. »

Raymond Queneau écrivait de l’histoire qu’elle est « la science du malheur des hommes ». »

CONCLUSION : citation « orale » reprise telle quelle avec les deux-points du discours = intérieur.

Phrase non citée directement = extérieur.

Source : http://www.la-ponctuation.com/guillemets.html

« Wanted ! » : traducteurs et interprètes francophones

LE MONDE.FR – 13 octobre 2010 – 09h18

Article orginal : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/13/wanted-traducteurs-et-interpretes-francophones_1424700_3232.html

Clare Donovan, directrice de l’ESIT et Marie Meriaud-Brischoux, directrice générale de l’ISIT

Nous sommes régulièrement confrontés à des demandes de nos partenaires :

– « J’aurai besoin d’interprètes dans notre réunion après-demain, mais nous n’avons qu’un tout petit budget. »

– « Vous parlez anglais. Vous ne voulez pas donner un coup de main pour une traduction ? »

– « Pour nos négociations avec notre partenaire espagnol je vais demander à X de nous accompagner. Il a passé un an dans une université espagnole ».

On y retrouve un certain nombre d’idées préconçues et surtout la principale : la traduction est affaire de conversion linguistique, de connaissance des langues, qui ne demande pas de compétence spécifique. S’ajoute à ce bilan le mythe du tout-anglais : « Vous travaillez encore ? Je pensais que tout le monde parlait anglais de nos jours. »

Mais alors, comment se fait-il que les organisations internationales recherchent désespérément interprètes et traducteurs, qu’elles multiplient les alertes sur la relève et lancent des campagnes de recrutement ? C’est ainsi que la Commission européenne prépare une série de clips YouTube pour séduire les jeunes et les attirer vers une carrière d’interprète. Le clip destiné aux jeunes Italiens a été officiellement lancé le vendredi 24 septembre, faisant suite à d’autres en letton, en anglais, en français, en suédois, en espagnol et en allemand. Fait sans précédent, les Nations unies ont signé une convention avec seize écoles de traduction et d’interprétation en Europe et dans le monde afin d’assurer une meilleure concordance entre le bouquet de compétences des étudiants et leurs besoins. Le 23 juin dernier, un « Appel de Paris » était lancé depuis le siège de l’OCDE par les responsables linguistiques et de conférence de soixante-seize organisations internationales : « A défaut de pouvoir compter sur une nouvelle génération de diplômés en langues et de spécialistes possédant les compétences linguistiques voulues, les organisations internationales ne seront plus en mesure de s’acquitter de leurs missions premières ». De son côté la direction générale de la traduction de la Commission européenne promeut un projet européen de « labellisation » des formations en traduction du niveau master, l’EMT (European Master’s in Translation). On pourrait multiplier les exemples de ce type. Sans oublier que ces organisations et institutions internationales sont en concurrence avec un marché privé très demandeur, gourmand de traducteurs et d’interprètes professionnels.

Ces simples faits démontrent que la traduction et l’interprétation professionnelle ne sont pas qu’affaire de maîtrise des langues mais bien de compétences professionnelles acquises dans des formations exigeantes. La connaissance des langues n’est qu’un prérequis, et encore faut-il que leur maîtrise soit excellente, mais elle n’est que l’outil à partir duquel le travail de maîtrise des méthodologies propres à la traduction et à l’interprétation professionnelle peut se faire.

Les nombreux jeunes diplômés qui sortent des universités avec un diplôme de langues ne peuvent manifestement pas occuper les postes de traducteurs et d’interprètes. Les recruteurs sont en effet unanimes à affirmer que traduire ou interpréter nécessite une vraie compétence professionnelle, acquise lors d’une formation adaptée, de préférence au niveau du master. On retrouve là toute la différence entre la langue étudiée comme objet et la langue employée comme outil.

Les formations existent et les professionnels qui y enseignent font preuve de vitalité et de dévouement. Mais l’absence d’une reconnaissance de leur spécificité les rend fragiles. En effet la confusion entre traduction professionnelle et traduction pédagogique (l’ancienne « version ») entraîne de multiples conséquences. Les diplômes de « traduction » se multiplient, sans que soit précisée de quelle traduction on parle. L’introduction de modules « interprétariat » dans les formations créent la confusion avec la capacité à être interprète de conférence. Parfois, la dimension « professionnalisante » des formations de traducteurs et d’interprètes laisse sous entendre que la recherche en est absente. L’obligation, pour des formations d’excellence, de recruter pour être efficace des traducteurs et des interprètes professionnels en activité comme enseignants limite le nombre d’enseignants-chercheurs permanents dans le corps professoral et entraine par contre coup une difficulté à entrer dans les critères « qualitatifs » universitaires qui mesure la qualité de la formation au nombre d’enseignants chercheurs docteurs ou HDR (habilités à diriger des recherches). Comprimées dans des structures rigides ou inadaptées, mal à l’aise dans des UFR de linguistique ou de langues étrangères, catégorisées comme « autre » face aux écoles de commerce ou d’ingénieur ces formations pourtant reconnues dans leur excellence par les recruteurs internationaux ont du mal à se faire reconnaître comme telles par les pouvoirs publics.

LES ASSISES DE LA TRADUCTION ET DE L’INTERPRÉTATION

Etrangement, la discipline universitaire « traduction » ou « traductologie » n’existe toujours pas en France – ou plutôt n’est pas reconnue, car elle se pratique. Or, la création au niveau national d’une telle discipline permettrait de reconnaître le travail des chercheurs qui sont aujourd’hui rattachés à des laboratoires de linguistique où leur spécificité n’est pas valorisée, voire nuit à leur carrière. Or celle-ci est bien vivante et revêt une dimension véritablement internationale, à l’instar des professions qui en constituent le socle.

En un temps où l’enseignement supérieur français s’interroge sur sa capacité à être visible à l’étranger, où la question de l’excellence des formations et leur pouvoir attractif pour les étudiants du monde entier est une constante du discours officiel, il peut paraître étrange que les formations d’excellence, reconnues par leurs pairs sur le plan international et drainant un nombre considérable, au regard de leur taille, d’étudiants étrangers ne rencontrent aucune reconnaissance de leur spécificité voire se trouvent plus ou moins contraintes de rentrer dans des critères « qualitatifs et quantitatifs » qui, s’ils étaient réellement appliqués, les feraient disparaître.

Les Assises de la traduction et de l’interprétation, qui se tenaient vendredi 8 octobre au centre de conférences ministériel du ministères des affaires étrangères et européennes sous le haut patronage du ministre Bernard Kouchner, ont lieu à un moment important où les prévisions sur un monde où seraient laminées les différences culturelles et linguistiques se révèlent définitivement fausses. On constate – et c’est tant mieux – que les hommes et les femmes, même mondialisés, revendiquent leur spécificité. Ils proclament leur droit à s’exprimer dans une langue qu’ils maîtrisent. Mais ce droit ne sera assuré que s’ils ont accès à une traduction de qualité, fidèle, respectueuse, éthique. Dans le même temps les entreprises qui avaient pensé régler le problème des échanges par l’utilisation d’une « novlangue », l’anglais des affaires, découvrent, un peu désarçonnées, que les négociations internationales, le management d’équipes multiculturelles se heurte aux difficultés quasi insurmontables des chocs culturels. Que derrière une « langue commune » chacun est d’abord le produit de sa culture et réinterprète le monde de l’entreprise et les relations qui en découlent à partir de cet univers identitaire.

Ce constat pourrait faire sourire les traducteurs et les interprètes professionnels puisqu’il est le fondement même de leur travail : permettre aux hommes et aux femmes, quelle que soit leur langue et leur culture de se comprendre au-delà des mots ! C’est peut-être là un vrai test de la capacité de l’enseignement supérieur français à faire coexister des formations classiques et des formations nouvelles, des filières universitaires d’excellence et des grandes écoles plus directement en phase avec le monde professionnel. Les Assises du 8 octobre avaient justement pour objectif de dérouler une logique qui part des enjeux de la mondialisation pour arriver aux exigences de la formation des acteurs clés que sont les traducteurs et les interprètes. La traduction et l’interprétation sont la métaphore de nos sociétés. Elles seules peuvent garantir un échange authentique, dans le respect de chacun. Elles méritent bien une réflexion de fond et des décisions d’exception.

Clare Donovan, directrice de l’ESIT et Marie Meriaud-Brischoux, directrice générale de l’ISIT

Merci à Cécile pour le lien :)